TELEMANN la musique de table

 

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La musique de table (ou Taffelmusik ou Musik zur Tafel) avant Telemann (au XVIe siècle) peut avoir deux significations : ce peut être soit une musique jouée à un banquet, soit un recueil de musiques diverses (instrumentales ou vocales). Elle devient un genre important (aussi important que la musique de chambre ou l’opéra au XVIIIe siècle) et perd progressivement sa relation avec le banquet.

Les trois recueils de musique de table de Telemann sont précisément davantage des recueils de musiques diverses (anthologies) que des morceaux destinés à accompagner les repas. Ils réunissent un large panorama de ce qui se fait après 1750 : divers instruments, diverses formations, diverses influences (française, italienne). Ils peuvent être joués par les amateurs car ils ne présentent pas de difficulté de jeu particulière. C’est l’un des ensembles de partitions les plus monumentaux de la fin du Baroque, comparable aux Concertos Brandebourgeois ou aux suites d’orchestre de Bach.

Edités en 1733, les trois recueils font l’objet d’une vaste opération publicitaire (avec les moyens de l’époque : Telemann incite ses amis, comme ce marchand de Riga, à annoncer la bonne nouvelle dans leur région) ; plus de 200 souscriptions parviennent au maître de Hambourg, qui réunit par ce seul moyen la somme de 1600 thalers (le double de ce que gagne Bach en un an à cette époque). L’immense réputation du compositeur peut se vérifier à cette occasion : un quart des demandes provient de l’étranger, de la Norvège à l’Espagne et l’Italie, de la France à la Hollande et aux pays baltes. Rappelons que Telemann se retrouve seul à élever ses enfants après le départ de sa femme, et que les revenus considérables qu’il tire de l’édition lui sont précieux (il écrit en vers à l’un de ses amis : « La publication de ma musique aide à dissiper mon inquiétude au sujet des nombreux Thaler que je dépense pour élever mes enfants; c’est mon champ et ma charrue, c’est ce qui me fait vivre ; ça me suffit »).